Interview avec un Vampire
Slip propre, chaussettes sèches, Jean lavé et repassé, T-shirt sans tâches, lunettes de soleil, et sandales cirées. Tout y est. Je refais une dernière fois le tour de ma panoplie du parfait petit interviewé. J’ai risqué gros en laissant tomber mon choix de retour. Tout à l’heure, j’ai un entretien avec le père de famille, pour savoir si ça colle entre lui et moi, et surtout pour savoir si je suis « digne de confiance ». Après tout c’est de son gamin dont je risque de m’occuper.
« A t-il lu mes nouvelles où je parle d’égorger des centaines de chats ? A t-il vu mes photos du 12 ? Connaît-il tous mes T.O.C ? »
Nous nous assîmes l’un en face de l’autre dans de gros fauteuils verdâtres, et la maîtresse de maison, nous servit de larges verres de jus de citron fraîchement pressé. A ma grande surprise, le père conduisit cet entretien dans un français sans faute, seules les erreurs de genre me firent dire que l’homme n’était pas un « pur » gaulois. « Fiok ! » pensé-je « J’espère être à la hauteur. Si j’avais su j's’rais pô v’nu ! »
La dernière fois où j’avais passé une interview remontait à mon premier jour d’incorporation dans l’armée française. Le psy de l’époque m’avait tout juste et regardé :
« Ça va monsieur Pascal ? »
« Ben oui…euh ? Pourquoi ? Je devrais aller mal ? »
« Non, non, ne vous inquiétez pas, vous êtes en trop très bonne santé. Bienvenu sur la base aérienne 123. Au suivant ! »
Bien calé, il commença par me mettre à l’aise par une question anodine :
« Pascal, éclaire moi, on dit un capuchon de stylo ou bouchon de stylo ? » (Véridique cette histoire, pourriez vous y répondre là tout de suite maintenant sans vous dire,Oh man, that’s right quelle est la différence ?)
« Euh, ben, tu vois (cherchant une réponse qui me semblait la meilleure ou la moins loufoque) Le vrai terme c’est, euh, capuchon car le bouchon c’est pour boucher les, euh, trucs comme les bouteilles, tu vois alors que le capuchon recouvre la pointe de l’objet, hein ? Les francais vont souvent la faute, et puis c’est comme le : j’ai été mangé chez Mireille Matthieu hier soir, on ne sait même plus que l’on fait une faute, hein ! » Dis-je cherchant à m’assurer par cette longue réponse que je connaissais toutes les subtilités de le français. Gulp ! J’avais avec cette longue réponse, un peu « rajouter-de-la-confiture-sur-la-tartine » certes, mais qui ne l’a jamais fait pour tenter de montrer que l’on est un expert, hein ? Ou que l'on est pas coupable !
Pendant plus de trois heures, j’eus droit à toutes les questions possibles et imaginable. Dingue! Je n’allais tout de même pas être en charge du bon fonctionnement d’un réacteur nucléaire ou bien contrôler le décollage d’une navette spatiale quand même ! Epuisé par tant de détermination, je fus content quand il m’annonça que j’étais embauché.
Ouf, je pus me relâcher un peu :
« Prout ! »
Avant de me laisser partir, il me proposa d’aller faire un petit match de tennis, histoire de voir si je pouvais taper la balle jaune comme je lui avais raconté.
Le tennis est un sport très divertissant si vous jouez avec quelqu’un du même niveau que le votre. Sinon, vous ne faites que de ramassez les balles. Soit parce qu’il est trop fort, soit parce qu’il est trop nul. Dans le cas présent, je ramassai les balles ! Après deux échanges, ou il tenta de me foutre à 12 mètres par un coup droit digne d’un batteur de baseball, je me dis que cela allait être court. Il exigea un match, je me pliai. Inutile de dire que je pris un immense plaisir à le faire rentrer à la maison « à vélo » comme on dit dans le jargon.
Voilà, je commençais une nouvelle carrière dans une troisième famille, dans un quartier bien propre de Washington. Il fallait que je recommence mon entraînement avec le petit.
Et là, ce fut une autre histoire. A SUIVRE.