Le Fabuleux Destin de Pascal

Publié le par Pi

(…) et le téléphone sonna.

Gran’ma, paisiblement assise en train de lire le journal, me laissa répondre. Il y avait en bruit de fond sa radio, qui restait allumée toute la journée, crachotant des sermons de prêtres bien en verve .
 « Bonjour, puis-je parler à Pascal, s’il vous plait » Annonça la voix à l’autre bout du fil.
 « Désolé, il est mort ! (Rien de tel pour refroidir le plus chieurs des télémarketeurs. J’ai déjà essayé, et ça marche très bien) Non, je blague, c’est lui même, en chair et en os qui vous parle en direct  live. Si c’est pour me vendre une cuisine aménagée ou un crédit sur 30 ans, cela ne m’intéresse PLUS. »
 « Non, non. J’ai entendu dire par la copine de la voisine de l’ex-copain de la fille du patron du fils de mon frère, que vous cherchiez un job ? Me trompé-je ? »
 « Vous avez raison, mais je vous le dis tout de suite, je suis hum, hum…illégal, et mes honoraires sont élevés. »
 « Ah ? Ok, bien, ce n’est pas grave pour le « illégal », au contraire… Quand peut-on se rencontrer ? »
 « Maintenant ! » Sachant que je devais aller chercher mon billet retour, pour ceux qui suivent mal. Après un court moment d’hésitation, elle me répondit : « Ok, mais j’ai un rendez-vous à 14h cela sera donc court. »

En moins de temps qu’il vous en fallu pour lire ces mots, j’étais à la porte, habillé en « habits du dimanche », et peigné (oui, oui peigné à l’époque je pouvais encore le faire.) Il me fallu marcher, prendre le bus, prendre le métro, reprendre le bus, puis marcher encore pour arriver dans ce quartier résidentiel cossu du Nord-Ouest de Washington. La maison immense était décorée avec goût. Lors de cet entretien avec cette femme qui dura bien la vingtaine de minutes annoncées, elle m’informa qu’elle était spécialisée dans la vente d’art contemporain Russe et que son mari était un "consultant". Suite à cette rencontre, elle termina notre conversation par :
 « Well, si ça vous intéresse, je vous offre ce job MAIS il faut que vous rencontriez mon mari ce week-end. »
« Euh, ben, je pourrais vous rappeler plus tard ? »
 « Aïe ! Schnaïkize !  Fiouque ! » Ne pus-je m’empêcher de penser. Vous l’avez compris, je me trouvais face à un choix digne d’un épisode des « Gueux de l’Adour. »
Devais-je tenter le coup et rester encore un peu ? Ou prendre le prochain avion, laissant ma chance de tenter de « work out something » avec Yanna ?
Cette femme me déposa donc au métro. Il était l’heure pour moi d’aller chercher le billet d’avion.

Seul face à mon destin, je posai mes fesses dodues sur un petit mur de brique cherchant à trouver LE meilleur choix. Y avait-il un meilleur choix? Je sorti les petits osselets de ma salopette et les jetai sur le trottoir devant les yeux ébahis des badauds. Aucun d’eux ne pouvait imaginer une seconde ce qui se passait devant eux. Histoire d’un homme, histoire d’une vie comme il s'en joue chaque jour. On ne regarde pas, on ne regarde plus, c'est tout.
Un avenir, le mien, se jouait là maintenant, tout de suite, et je ne savais que faire. Cela dura un long moment durant lequel je ne pus faire aucun mouvement. Rester. Partir.
Je restais : « Tu pourras être avec Yanna et on verra si ça pourra marcher, n’a t-elle pas dit qu’elle avait besoin de temps… »
Je partais : « Baby-sitter à presque 30 ans…Non mais franchement ! Tout tes amis travaillent depuis presque 10 ans et se demande quand sont leurs prochaines vacances, et toi tu es baby-sitter. Ce n’est pas un job ça ! »
Je restais : « Que faire en France ? Il y a tant de choses à découvrir ici, et puis il y a Yanna…Oui, il y a Yanna. »
Je partais : « Un camembert ! Un bon chocolat ! Môman et celui-qui-partage-les-mêmes-parents-que-moi me manquent. »
Enfin, pendant ce qui sembla une éternité, je regardai les os de moutons chus sur le ciment du trottoir dans l’espoir d’un signe du destin.
Il ne vint pas. Il fallait que je prenne ma décision, tout seul comme un grand.
Je rangeai mes os, respirai un grand coup, et décidai de RESTER. Une fois la décision de prise, tout se déroula très vite. J’appelai d’une cabine l’agence de voyage et annulai la réservation. Je passai un coup de fil à Yanna et lui annonçai que j’avais un job. A l’autre bout du fil, je sentis un soulagement (ou bien était-ce autre chose ?) Je laissai un message chez ma future famille d’accueil pour lui dire que j’acceptai leur job et l’entretien du dimanche. Enfin, ma môman qui s’attendait à me voir pour le week-end reçu mon dernier appel de la journée. Je terminai cette journée riches en évènements par une discussion avec une Gran’ma fort enjouée à l’idée de partager encore du temps avec son « squatteur »
 A noter que Gran’ma s’est éteinte le 13 décembre 2001 à l’aube de ses 100 ou 101 ans. Comme elle le disait souvent : « Pendant 70 ans j’ai vécu, pendant 30 ans, j’ai attendu. Toi, tu es jeune alors vis ! » A SUIVRE.

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Publié dans Me and...

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C
alea jacta est... c'est le cas d'aller à le jacter à l'est sans perdre son latin ! Mais je suis sûr que les osselets ne venaient pas de la recette marseillaise des "pieds et paquets" que tous les zétazunis doivent totalement ignorer !
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P
Alea Jacta est, certes mais ce n'est tout de même pas le Rubicon que je franchis! (pas de mort d'homme ou d'enjeu politique!)
L
Donc les soirées du 12 sont nées grâce à cette décision... Dingue !
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P
Ouarf, ouarf...oui, mais pas uniquement !
S
Des zoos de moutons ??? Bon ben : merci les moutons q:^)
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P
ce sont des zoos zurbains ! Par exemple, tu seras enchanté d'apprendre que dans le zoo de Washington, on trouve des chevres, des moutons, des vaches, et des poules...oui, oui, des poules !
D
Yanna aussi l'a joué aux dés : je vais avec lui ou non ?!
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P
ben non puisque nous n'etions pas ensemble!
B
Ouais mais si ça se trouve, le mari, le consultant là, il ne veut pas te le donner ce job...Moi aussi je demande une preuve de l'existence de cheveux sur ton crâne.
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P
wow, mais c'est un complot !