Non mais c'est Dinde !
Résumé :un jour, ils arrivent et ils mangent…Oui mais alors quoi? Continuons notre découverte des traditions de ce beau pays que sont les zu essa.
Suite à mes douze années passez ici, je dois reconnaître que j’ai découvert que « Thanksgiving » était la seule fête familiale et traditionnelle américaine. Par cela, je veux dire que les familles se retrouvent enfin ensemble autour de mets aux couleurs et aux goûts bien souvent douteux. Le dindon devient pour l’espace d’une journée l’animal symbole de la nation, et croyez-moi en ces temps de prion, et Dache-cink-énain , « (…) rien de mieux qu’un p’tit dindon ! » comme le disait le ministre des transports de la jeunesse et des sports, il y a tout juste quelques jours.

Certes, pour quelques familles, un dindon est un animal bien trop conséquent donc ils se rabattent sur un chapon, un pigeon, un lemming, un ortolan, un mainate où je ne sais quel volatile aux couleurs chatoyantes
« M’sieur, m’sieur, le lemming n’est pas un volatile ! «
« Et alors ? Le pigeon non plus ! »
A ce propos, il paraîtrait même qu’il fut un temps où les perroquets étaient servis à la table des présidents. On appelait ça un « feuilleté d’ara au beurre noir.» Je ne sais pas si c’est vrai car c’est un lemming qui me l’a dit. Il l’avait lu ça dans Paris-Match.
C’est donc dans la convivialité (« Iiiiiiiiiiiiil est des nooooooo-treu, il a bu son coca commeuuu les auuuuuu-treus !!! ») que se déroule cette agape.
Il y a quelques temps, lorsque, fraîchement débarqué du bateau, et totalement étranger aux us et coutumes des autochtones, je découvris que les américains avaient eux aussi une fête familiale, mon cœur n’avait fait qu’un tour : « Super ! Des gens civilisés et cultivés qui savent apprécier la convivialité des repas. » S’agissait-il donc d’un bon gueuleton comme dans ma contrée natale ? Allais-je passer au moins sept heures assis à me goinfrer de mets délicats?
En fait, le repas est simple puisqu’on trouve des entrées, des post-entrées, des anté-plats principaux, des plats principaux, des pré-viandes, des post-poissons, et des desserts. La seule chose qui me choque toujours aujourd’hui, c’est le fait qu’ici ils osent mettre, lors du service, un panel de tous les plats proposés dans UNE seule et même assiette. Ils mélangent ainsi sur un tout petit espace l’entrée, le plat principal, la salade et le dessert : totale ineptie ! Je n’arrive toujours pas à franchir le pas de cette païenne coutume. Je préfère suivre les règles enseignées par mes aïeux, à savoir, une entrée, un p’tit calva, une viande, un aut’ p’tit calva, une salade, un p’tit calva, un dessert, une prune, un p’tit calva, une prune, et enfin une gnôle corrodante.
Un repas typique de Thanksgiving se compose : de dindon farci aux légumes de saisons accompagné par une sauce aux canneberge d’intestins de porc dans un bouillon épicé, d’épinards, de courges, de pain de mais, de jambon nappé de sauce au miel, de tarte aux pommes, de tarte aux noix de pécan, de tarte à la citrouille, et d’œufs de tortue. Euh, non pas les œufs de tortue, c’est pour les soirées « Sacrifice humain » du 12.
Pour faire passer le dindon, car cet animal est sec comme de la mie de pain, il faut de la boisson. Il y a des « tradis » qui boivent du jus de pomme ou du jus de canneberges , et puis il y a les autres qui se gargarisent avec du KAU- KA. Ils boivent aussi, un breuvage des plus infâme - En général je ne rechigne pas sur la nourriture et la boisson mais celui-ci est tout simplement répugnant. Son nom, la bière de racine ou la « root beer » pour les locaux. Cela a le goût des médicaments de mon enfance. Pas les bons. Les mauvais. Il s’agit du genre de truc qui vous donne envie vomir juste en le sentant, ou pire si vous y avez déjà goûté, rien qu’en tenant la bouteille ou de dire son nom, vous vomissez. C’est immonde. Ici, ils le boivent par pur plaisir.
Dans de nombreuses familles ce repas est un dîner qui commence à 16h. Quelques fois même, plus tôt. Un dîner à 16h, je vous vois sourire. Un dîner de poule me direz-vous ? Non de dindon ! Ouarf, ouarf ! Je dirais plus qu’il s’agit d’un gros goûter car 99,7 % des invités n’ont rien mangé de la journée afin de se baffrer magistralement le moment donné. Le festin terminé, le veule et lymphatique groupe s’agglutine devant le petit écran afin de suivre le classique match de football. Il ne faut le rater sous aucun prétexte sous peine de souffrir des pires railleries le lendemain lors du déjeuner avec vos collègues à la cafétéria. En fait, peu importe le match, ce sont les publicités qui sont les plus intéressantes. Allumer son poste pour regarder la publicité ? Il n’y a qu’aux Etats-Unis pour faire ça ! OUI !
Oups, alors que je déblatère en tous sens sur les festivités du jour, ma volaille émet des effluves fort attirants. Il est temps de la retirer des fourneaux, d’ôter mon tablier et ma toque, et d’aller retrouver ma femme avant qu’elle ne me tance et me rosse de marrons, sinon je vais me encore me taper des lignes :
« Diderot dîna dit-on du dos d'un dodu dindon »
« Diderot dîna dit-on du dos d'un dodu dindon »
« Diderot dîna dit-on du dos d'un dodu dindon »
Vivement Noël !