Bêtes et Indisciplinées
Ils sont là, ils m’attendent. Je les vois.
Ils semblent plus nombreux que la dernière fois. Oh lala, c’est pas bon signe. Je suis prêt, cependant ; La danse va pouvoir commencer. Lentement, un à un, sous mes ordres, les voilà qui s’élancent. Le premier est robuste et déterminé. Est-il le chef ? Seront-ils disciplinés aujourd’hui ? Puis, c’est au second, lui aussi je le connais bien. Un…deux…trois…quatre…cinq…six…sept…huit (…) Deux cent un…deux cent deux…deux cent trois (…) Trois mille six cent quatre-vingt sept…trois mille six cent quatre-vingt huit…trois mille six cent quatre-vingt neuf – Combien sont-ils ce soir, bon sang ? Je ne pensais pas qu’il y en avait autant. Zut, où en étais-je ? Ah, les revoilà, mais cette fois-ci, ils passent à plusieurs - Pas si vite, pas si vite, PAS SI VITE ET PAS TOUS ENSEMBLE ! PAS TOUS ENSEMBLE ! Ils s’arrêtent. Me regarde. Je me calme, et ils reprennent leur manège. Un…deux…trois…quatre…cinq…six…sept…huit… neuf (…) Neuf cent soixante-dix sept mille cinq cent vingt-deux. (Pas facile de lire de grands nombres, hein ?) C’est le dernier ? C’est tout ? Je me retourne. Il n’y en a plus. Où sont-ils ? Où sont-ils ? Mes yeux se plissent et scrutent en vain l’horizon, un numéro – « Come on, numéro Neuf cent soixante-dix sept mille cinq cent vingt-trois. J’ai besoin de toi ! Come on. Ne me laissez pas ainsi. Please. Revenez. D’un seul coup, tous arrivent ensemble. Aaaaaaaaah ! Je hurle, dépassé par cette soudaine ruée. Maudits moutons.
Je me lève en sursaut. Il fait nuit. Angoisse. Ma femme ronronne juste à côté de moi certainement déjà aux pays des songes. Son visage est barré d’un sourire paisible. Pense-t-elle à sa nouvelle coiffure ? J’essuie les quelques gouttes de sueur qui perlent sur mon visage, signe de la lutte que je viens de mener, et me dirige hagard vers la salle de bain où brille la lampe de veille, seul éclair dans cette obscurité. Je cherche à tâtons les flacons salvateurs. Signe du destin ou malchance, je ne trouve rien. Je descends alors dans le noir absolu me préparer un lait chaud avec du miel, remède de grand-mère qui semble m’apaiser lors de ces batailles nocturnes. Tandis que je fais chauffer la potion, c’est au tour des chiffres maudits du micro-onde de me narguer : 30…25…21…14…10… 9…8…7…6…1…0… Diiiing !
Le breuvage est enfin prêt. Je le savoure tranquillement puis je remonte tenter de dormir quelques heures. C’est à ce moment là que je piétine sur les dizaines de Lego laissé par mon fiston. Aie ! Tentant d’éviter ce champ miné, je termine ma danse de pantin désarticulé, en écrasant deux voitures Majorette et trois soldats de plomb. Aie ! Ouille ! Repos. Je retrouve mes esprits, et entreprends de remonter me réfugier, les pieds meurtris, dans le lit douillet. Sans anticiper le moins du monde ce qui m’attend, mon plus petit orteil frappe le pied du lit. Ma bouche s’ouvre pour laisser échapper un cri étouffé : « Phoca Vitulina ! @$#&…Méga Phoca Vitulina!» (sachant que ce blog peut être parcouru par des âmes sensibles, j’ai préféré remplacer le mot sale par une allégorie plus subtile. Ceux qui peuvent pénétrer mon esprit tordu et trouver pourquoi c’est presque drôle, me laisse un commentaire)
Il est 10h à Paris, et midi à Moscou. Insomnie d’un soir. Oublié la danse, oublié le pied, je me recouche las et enfin fatigué. C’est promis, demain je m’achète des charentaises et un coffre à jouet.
Et vous, des histoires d’insomnie à partager?