Les murs ont des oreilles
Bloquée dans les miles et les miles d’embouteillage, un beau matin d’hiver, ma petite femme me passa un coup de fil express pour me demander s’il y avait un itinéraire moins congestionné qu’elle pouvait emprunter. Ni une, ni deux, ni trois, ni quatre d’ailleurs, je sautais sur le net, et parcourais le site mis en place par la municipalité pour prévenir ce genre de déboires.
Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que nous étions espionnés au delà du raisonnable. Jugez-en par vous même...
8h : Premier tour sur le net…Mon ISP sait que je suis là, et ma compagnie de téléphone aussi. Welcome! You’ve got mail !
8h15 : Je commence par une petite recherche sur Google - Ils viennent de garder mes infos. Et oui, saviez-vous que Google stocke toutes les recherches qui sont faites, afin qu’un jour ils puissent déterminer un profil de chaque surfeur. Je vous rassure, pour le moment, elles ne sont pas utilisées, mais le gouvernement américain vient de faire de faire une citation juridique pour avoir légalement accès à ces données.
8h17 : J’arrive sur le site qui sait sans aucun doute : Comment je suis arrivé là, ce que j’ai fait, quel OS j’utilise, l’adresse IP de mon ordinateur, l’endroit d’où je me connecte, combien de temps je reste sur le site, et mon scrore au Scrabble de 1976.
8h20 : J’écris un email qui sera stocké par mon ISP…j’évite les mots bombes, attentats, dragée Fuca, Ben Laden, Raymond Poulidor, Open d’Australie de Mah-jong, et Britney Spears.
8h30 : Un peu plus tard, je reçois un appel sur mon portable. Ça y est je suis localisé. Crotte de bique en zinc!
8h40 : Il est l'heure pour moi de passer un coup de fil en France…Voilà, on m’écoute, c'est certain maintenant, car j'appelle vers l'étranger.
9h15 : Je vais à la banque. En route, je passe devant plusieurs caméras qui contrôle le trafic des véhicules. Helloooooo !
9h20 : Une fois devant le Distributeur Automatique de Billet, on me demande mon code, et en même temps, je suis filmé.(C'est du dentifrice sur mon pull?)
9h22 : Horreur! Il faut que je rentre dans la banque. Là c’est pas moins de 8 caméras qui me prennent sous tous les angles. (Me suis peigné ? ah non je ne me peigne jamais)
9h45 : Je file au supermarché pour m’acheter du sang de cochon pour ma soirée sacrifice humain du 12. Je suis encore filmé par une dizaine de caméras. Je paie avec ma carte de crédit (on sait encore où je suis, et à quelle heure je suis là), et on me demande d’utiliser ma carte de fidélité "Fripounet" (on sait maintenant ce que j’achète, et quel est mon profil client)
10h20 : Je passe à la pharmacie chercher des seringues , et c’est le même topo qu’au supermarché.
11h30 : Je suis enfin chez moi. Les satellites me regardent bronzer nu dans mon petit jardin.
13h : Je décide de partir en voiture au musée de l’espionnage. En route, je passe une bonne dizaine de caméras qui gèrent le trafic. La police m’arrête tandis que je passe le Capitole pour me demander mes papiers, et regarder si j’ai bien une assurance pour mon véhicule allemand. On me fait ouvrir mon coffre (Ai-je disposé du cadavre?), puis je file.
13h30 : A l’intérieur du musée, je suis à nouveau filmé sous tous les angles. (Ai-je remonté ma braguette ?)
15h30 : Cherchant un cadeau pour mon épouse, je vais me réfugier au Mall, le centre commercial. Là encore, c’est la grande production. Chaque magasin a son petit studio avec ses caméras. Pas moyen d’y échapper, on pourra me suivre durant mon périple.
16h30 : Je quitte ce temple de la débauche commerciale pour aller au cinéma, et m’évader un peu. Avant de quitter le Mall, mes yeux s’arrêtent sur la rutilante Mercèdes verte camembert en exposition. On me propose de la gagner en complétant une fiche cartonnée. « C’est pas cher, c’est pas facile, et ça peut rapporter gros » Pensez-vous, on me demande juste: mon nom, mon prénom, mon adresse, mes numéros de téléphone, mon adresse email, et mon meilleur score à Space Invaders. J'hésite, puis je remplis ce formulaire.Je viens de laisser mes infos personnelles dans une boite en carton à la merci d’inconnus.
17h : Filmé au cinéma, un comble! Il n’y a que 4 caméras. Le film, un James Bond , est moyen.
20h : Je végète devant la télé. Quelque part, on doit évaluer le temps que je passe à la regarder. Sacré Audimat!
20h30 : Je file à métro au restaurant retrouver Yanna. Une nouvelle fois, je suis filmé sous tous les angles - au cas où mon sac transporterait autre chose que des bettes.
21h : Enfin au restaurant! Je peux me relaxer, personne ne me regarde à « l’insu de mon propre gré »…quoique derrière le bar, ça ne serait pas une petite caméra ?
23h : Nous rentrons en bus. Il fait nuit. Il fait froid. Je me sens en sécurité puisque la caméra de bord nous protège lorsque nous voyageons dans les quartiers malfamés.
23h30 : Home sweet home. Je suis enfin à la maison.
Ah, et moi qui me sentais libre...Enfin, on me protège, hein? Ou on observe?
Don’t Bother, big Brother watches you!

La petite caméra est au sommet du feu...il y en a une 100 mètres plus loin! On ne sait jamais