Je suis en guerre ! Oui, en guerre permanente contre un petit être : mon fils !
Chaque matin, je me dois d’inventer une stratégie nouvelle pour vêtir ce dernier de tissus colorés , de cuir souples, et de laines teintées. J’ai eu beau tenter de le frapper jusqu’au sang afin qu’il obéisse, de l’abonner deux ans à Paris-Match, rien n’y a fait. Ce matin encore, alors que je le détachais du radiateur de la cave où il avait passé la nuit, je me suis battu pour m’assurer qu’il n’allait pas partir à l’école en tenue d’Adam. En gros voici comment se déroulent les choses. Première étape : Lorsqu’il est l’heure de le sortir des bras poilus de Morphée (et oui, les gars, Morphée était bel et bien un homme) celui-ci s’enfouit sous les couvertures comme n’importe quel humain que l’on réveille. Rappelez-vous de vos années du collège ou du lycée quand votre maman venait tirer les rideaux de votre antre nauséabond avant de venir susurrer à votre oreille assoupie : « Debout mon ange ! » , bon j’exagère un peu mais c’est tout de même mieux que les hurlements de votre capitaine : « Debout l’a d’ans, vous avez 5 minutes pour être en tenue de combat bande de larves ! » (N.B : Cette remarque s’applique aux VRAIS hommes. Ceux qui ont eu la joie et le plaisir de servir leur pays pendant douze mois - les autres passez votre chemin, pistonnés !) Une fois qu’il est réveillé le petit haricot, il s’agit de l’éplucher pour le mettre nu. Cela peut prendre 30 secondes si l’animal est encore dans le coma, ou 30 minutes si celui-ci se tord dans tous les sens et remet ses pelures à chaque fois que vous les ôtez - Je suis toujours surpris par la souplesse de mon fiston. À partir de ce moment-là, je peux vous assurer qu’il est réveillé le flageolet ! Ouf ! Deuxième étape : L’habillage. Il se passe en multiples phases. La première phase consiste à être capable d’attraper l’être nu qui court comme un psychopathe dans les diverses pièces de votre demeure. Bondissant sur le canapé, sautant de chaises en chaises, c’est la tornade blanche…Aaargh ! Bien sûr, c’est toujours quand vous êtes à la bourre que l’animal a alors une envie pressante pour jouer et chahuter. Vous, vous n’avez d’yeux que sur les minutes qui filent. Tic-tac, tic-tac. Après avoir parcouru 7 Kms en mule, et tourné 860 fois autour de la table du salon en brandissant son slip, vous arrivez à le coincer, c’te saleté. Vous lui expliquez gentiment qu’il faut mettre ses habits car personne ne va à l’école cul nu…Surtout dans ce fichu pays. Seulement, le slip aussitôt mit, aussitôt oté (à répéter à voix haute douze fois : « aussitôt oté .» Et le petit être repart pour quelques tours de table, la bistouquette à l’air. Vous sévissez alors, et menacez votre géniture de trépanation, et de privations diverses : sans effet car celui-ci continue de se tordre à qui mieux mieux entre vos bras musculeux ; « J’te promets j’te l’achète la Mercedes, mais enfile ton slip, bon Diou ! » Pendant ce qui semble une éternité, vous lui mettez son sous-vêtement Spiderman, puis vous lui remettez, puis vous lui re-re-remettez, ensuite vient le tour du pantalon, du T-shirt que vous tentez d’enfiler une fois, deux fois, seize fois, enfin c’est au tour des chaussettes qui terminent trop souvent sur vos épaules. C’est le cœur de la bataille. Il ricane. Ne pas flancher. Chacun dans son camp. On s’observe. On se jauge. Sa mission : Etre nu ; la mienne le couvrir, doux Jésus ! Aaargh ! Ouf ! La bataille est terminée. Ce soir, ça sera le bain pour l’opération inverse! Il est 7h30, vous êtes déjà épuisé. Une fois à la porte, chacun avec son manteau, son bonnet, ses gants, sa salopette, et ses grosses bottes fourrées, nous partons. Et là, le plus innocemment du monde, mon amour me dit : « Papa, papa, papaaaaa, je dois aller aux toilettes !»

