Mercredi 16 novembre 2005
C’est un cri rustre et vulgaire que je lance en ce bon matin. Ah ! Dehors, il est chaud et il est doux. Le soleil brille. Les feuilles tombent. J’ai content.
Voyez-vous chers amis lecteurs, je suis en perte vertigineuse de mon cher et adoré Français. Ces quelques phrases d’introduction illustrent la pauvreté de mon vocabulaire pour décrire une splendide journée automnale. Chaque jour, je lutte pour ne pas oublier une règle de grammaire, des accords de participes passés, des conjugaisons de temps obscur et inepte, des orthographes complexes et absconds. C’est terrible ! Je me promène quotidiennement dans mes Bleds, mon Bescherelle, mes dictionnaires, mais rien n’y fait. Je lis aussi Paris-Match, les journaux, et divers romans, ça n’aide pas non plus. Certes, je pratique avec mon fiston ma langue maternelle, mais désormais celui-ci maîtrise bien mieux la langue de G. W. Bush, donc je oublie. J’ai humilié. « Il file, il file mon Français, le Français de mon pays, tralalalalèreu ! », mais je m’égare mes gars. Je faute sans cesse. Je oublie tout. Je franglise trop.
C’est nain déniable, et ça ce n’est pas chouette car ça m’effraie (Quel calembour fin, non ?) Petit à petit, les mots les plus simples glissent de mon vocabulaire et sont remplacés par une francisation de mots anglophones. Bien souvent, trop souvent, je coupe au plus court, et je remplace sans honte aucune, douze mots français par un simple mot anglais. Je me pourfends d’excuse devant mon auditoire en justifiant benoîtement par : «(…) Mais il n’y a point d’équivalent en Gaulois. J’vous jure, for real !» Je suis honte. J’ai triste aussi. Et je rentre penaud dans mes pénates, petit pécheur, pour m’absoudre de mon outrecuidance vis-à-vis de ces écarts linguistiques. Ça sera trois Pater Noster, deux Avé Maria, et un Confiteor pour moi, mon cardinal. J’ai Français, bon Diou!
Mes dévoués professeurs de Français doivent se retourner dans leur couche s’ils m’entendaient encenser cette langue d’illustres écrivains tels que Zizou (« Un ballon tout rond comme une orange » édition du Pi, 1998) ou Virenque (« Une intraveineuse de trop » édition du Pi, 2000). Imaginez, j’ai gardé mon Bescherelle que mon cher bourreau de 5 ième (il y a de cela des moutres, voire des yches) me faisait suinter pendant des heures. « Je pleus, tu pleus, il pleut, nous pleuvons…Je faus, tu faus, il faut, nous ??? » Je suis peur. Très peur de oublier, de ne plus write properly ma langue que je aime a lot. Chite ! Si j’avais su qu’un jour que j’y reviendrais avec plaisir à ces conjugaisons. Si j’avais su qu’un jour que je parcourais par pure délectation « Le Petit Robert » à la recherche du mot juste. Je m’étonnise ! Alors aidez votre hote car tout est leurre, iniquité. Je ne suis plus français sans ma langue et ses maux (Ouah, deuxième calembour !)
Laissez un commentaire encourageant. J’ai encore plus triste. Sur ce, je vous laisse. Je suis faim.