Je vais débuter doucement... Beurk !
Durant ces conférences mon père, en général peu enclin à la patience, écoutait attentivement et stoïquement les divers commentaires que mes bourreaux débagoulaient sans retenu. Or je puis vous assurer que les quelques commentaires négatifs ou du genre « peut mieux faire » qu’il avait parfaitement mémorisé rendaient le trajet retour vers la demeure maternelle bien trop long à mon goût. Le dîner familial ces jours-là semblait s’éterniser, et l’heure du coucher arrivait pour une fois comme une libération, un affranchissement, une délivrance. Le marchand de sable et ses amis les moutons faisaient des amis compréhensifs cette nuit là.
Si seulement les professeurs de mon temps avaient été plus indulgents, plus poètes, moins condescendants peut-être que la main calleuse de mon paternel n’aurait pas réchauffé la peau de pêche de mes joues roses.(Ca va cosette?) Loin de condamner mon regretté père, j’ai à travers ces expériences passées appris à connaître diverses catégories de parents. C’est avec plaisir que j’ai crée pour vous mes lecteurs sept catégories. La première : « LAIPOLIS »
Ils sont cools ; ils sont sympas ; ils sont plaisants. Les vous-en-reprendrez-bien-encore, les mercis, les pardons, les bonjour-comment-allez-vous. Ceux-ci je les sens venir rien qu’à fréquenter leurs enfants. Leur progéniture est des plus agréables et elle fait partie des 0.04% des conférences qui vous laissent avec le sentiment que vous êtes vraiment une personne formidable, responsable, intelligente, motivée, et oui, j’ose le dire...parfaite. Ils vous apportent du miel quand votre gorge est douloureuse. Ils vous livrent du chocolat quand le ciel est gris. Ils vous font des massages pour vos pieds gonflés. En deux mots, ils vous gâtent…
Malheureusement…(à suivre)
Donc.........................................................Ces dernières semaines, entre deux préparations d'empoisonnements de ces sales vermines Halloweenienne et l’incarcération d’un élève, j’ai eu l’immense privilège de rencontrer les géniteurs de mes charmants bambins.
Calés dans mon trône d’orateur et caché derrière mes petits binocles, j’ai pu remarquer combien cette expérience était intéressante. Comme vous le savez, tout ce qui est intéressant traîne dans mon cerveau trituré pour terminer en écrits divers et variés.
Enfin, ce fut unique, fantastique, tique, Monique, toux, râteau, lézard, bulot, vivier, et zut ! Je m’égare à nouveau…
Ainsi, au fur et à mesure que j’écoutais béatement les dernières prouesses narrées par la génitrice de la petite Sabrina, je ne pouvais m’empêcher de penser : « Mais parbleu ! voilà la réponse à toutes mes questions ; cette gamine tout autant que sa mère mérite une injection létale d’urine de porc ou bien mieux encore…elles devraient être électrocutées à la pile 9 volt. Siou’plait, aaaaaaaarrêtez ! » Violence mis à part, cette semaine j’ai eu le privilège d’avoir des conférences avec les parents de mes élèves.
A mon époque, il s’agissait du jour maudit par votre humble page. C’était le jour que j’abhorrais au plus profond de mon âme. Mon père m’y emmenait avec sadisme pour voir l’urine et les matières fécales coulées le long de mon velours vert lorsque arrivait la rencontre avec le professeur d'astrologie - Eh bien oui, de mon temps, nous avions des classes originales.
Bien de mon temps, Suzanne, les professeurs vous massacraient, vous descendaient, et ne mâchaient pas vraiment leurs mots. Il n’hésitaient pas à dire : « Monsieur B, votre fils ne fait rien ! Il est fainéant au delà de ce que je connais.» (« Aie ! Bâtard…ch'uis mort ! » Pensé-je lors du relâchement incontrôlé de ma vessie d’écureuil) ou pire ils ajoutaient trop souvent : « Il peut faire mieux vot’ gars…PEUT MIEUX FAIRE ! Oui, il peut mieux faire » Cette phrase était ma ciguë, ma belladone, mon absinthe. Que celui qui n’a jamais entendu cette phrase me jette sa tartine de nutella au visage. Aujourd’hui, je pense que 98% de mes élèves peuvent mieux faire néanmoins j’utilise un jargon professionnel plus fleuri et plus diplomate afin de ne pas heurter les oreilles des petits minots et de leur parents. On dira par exemple que : « Sabrina a des capacités qui ne sont pas totalement exploitées et que sa maturité semble contrarier le développement de son habileté académique » ou encore on insistera que « Petit Tom a visiblement quelques minimes difficultés à maîtriser la langue française et il est fort probable qu’il n’attache pas assez d’importance à son travail quotidien pour faire des progrès notables. »
