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Jeudi 9 mars 2006

J’aime les enfants. Enfin, laissez moi me reprendre, j’aime MON enfant. Ceux des autres, je les trouve laids, malpolis, et ignares. Le mien, quand il sort à la lumière, est docile, bien élevé, et extrêmement beau. Pour toutes ces raisons, ma femme et moi avons pensé le vendre. Pas en un seul morceau, cela serait une perte, mais en pièces détachées « ça rapporte plus ! »
Lors de mon arrivée dans cette nouvelle famille, le petit garçon de 5 ans allait au Lycée Français de Rochambeau. Non pas qu’à 5 ans, il allait au Lycée (je vous vois venir), le Lycée Français Rochambeau étant l’école française de le Washington DC area. C’est l’endroit où les diplomates, les expatriés aisés, et les francophiles/francophones divers envoient leur progéniture.
(Tarif annuel pour l’année 2005-2006 : Maternelle: $ 10,033 ; Primaire: $ 8,938 ; Collège: $ 10,122 ; Lycée: $11,587 ) - 
Le père francophile tenait à ce que son fils parle parfaitement le français, et ce fut une des raisons pour lesquelles il me choisit parmi les aucun autre candidat.
Bref, hormis les difficultés de lever un enfant de cet âge, de l’habiller, de le laver (cf la photo du jour), et de le nourrir, je fus fort surpris de voir avec quelle docilité il monta dans la voiture pour se rendre à l’école ce premier matin. La mère, quasi absente ce jour là, me lança tandis que je sortais du « driveway » que je risquai de rencontrer quelques difficultés à l’école. Il ne fallait surtout pas que je m’inquiète.
« Hum, hum. Etait-ce un conseil ou un avertissement ? » pensais-je.
Ce n’est qu’une fois à l’école, que ces paroles résonnèrent dans mon crâne. La petite crapule. (Et là je vous fait la version soft, hein !)
Alors que je garai la voiture, en double file, warnings en pagaille, cet animal décida qu’il était absolument hors de question qu’il sorte. Devant son refus, je commençai la négociation :
 « Bon, nous sommes à  l’école maintenant. Il faut sortir là. Les gens attendent derrière nous. »
 « Non, non, non, non, non, et re-non »
 « Je te promets de t’acheter des bonbons et des posters des filles Barbapapa nues. »
 « Noooooooooooooooooo ! »
 « Ok, je te promets de ne pas te faire trop souffrir avant de t’égorger, sale petit merdSi je t’attrapes je te promets de te garder pour DEUX soirées du 12 ! Rhââââ ! »
Ce petit jeu, et quel jeu, dura un peu trop longtemps à mon goût, et je me décidai de le sortir de force du véhicule. Seulement, cela n’était pas sans compter sur le fait que ce petit saligaud allait continuer le cirque en s’enfermant à l’intérieur de la voiture. Non mais je rêvais ! Les parents qui venaient déposer leurs petits anges, découvrant un nouveau visage, me regardait en pensant certainement que j’étais le pire des pères que la terre est pondue :
« Regarde moi ce papa, mon chéri, il est terrorise son enfant. Tu as de la chance d’avoir une maman comme moi.» Dit une pétasse en passant.
 « Monsieur, je peux vous aider…» Me proposa une autre.
 « Non, non ça va aller, c’est son premier jour avec moi, je suis juste son baby-sitter. C’est normal m’a dit sa maman » Répondis-je alors que je pensais plutôt dire cela :
 «  Allez me chercher mon fusil à pompe que je le finisse ce connard ! »
 Heureusement, j’avais eu la lumineuse idée de garder les clefs avec moi, et au prix de grands efforts et de grandes ruses (se cacher en l’occurrence), j’arrivai à lui mettre la main dessus. Je le sorti de force, toujours devant tout un tas de parents, alors qu’il continuait à hurler et à se débattre. Il me fallu même le décrocher de la carrosserie doigt par doigt, pour vous dire! Une fois que nous fûmes dans l’école, et proche de la maîtresse, celui-ci redevint le petit ange qu’il était 20 minutes auparavant.
 « Petit enc… » Ne pouvais-je m’empêcher de penser tandis que je quittais les prémices. Ouf ! Je respirais enfin.
Cela dura 14 secondes. A SUIVRE.

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Mercredi 8 mars 2006

Slip propre, chaussettes sèches, Jean lavé et repassé, T-shirt sans tâches, lunettes de soleil, et sandales cirées. Tout y est. Je refais une dernière fois le tour de ma panoplie du parfait petit interviewé. J’ai risqué gros en laissant tomber mon choix de retour. Tout à l’heure, j’ai un entretien avec le père de famille, pour savoir si ça colle entre lui et moi, et surtout pour savoir si je suis « digne de confiance ». Après tout c’est de son gamin dont je risque de m’occuper.
 « A t-il lu mes nouvelles où je parle d’égorger des centaines de chats ? A t-il vu mes photos du 12 ? Connaît-il tous mes T.O.C ? »
Nous nous assîmes l’un en face de l’autre dans de gros fauteuils verdâtres, et la maîtresse de maison, nous servit de larges verres de jus de citron fraîchement pressé. A ma grande surprise, le père conduisit cet entretien dans un français sans faute, seules les erreurs de genre me firent dire que l’homme n’était pas un « pur » gaulois. « Fiok ! » pensé-je « J’espère être à la hauteur. Si j’avais su j's’rais pô v’nu ! »
La dernière fois où j’avais passé une interview remontait à mon premier jour d’incorporation dans l’armée française. Le psy de l’époque m’avait tout juste et regardé :

« Ça va monsieur Pascal ? »
« Ben oui…euh ? Pourquoi ? Je devrais aller mal ? »
« Non, non, ne vous inquiétez pas, vous êtes en trop très bonne santé. Bienvenu sur la base aérienne 123. Au suivant ! »
Bien calé, il commença par me mettre à l’aise par une question anodine :
 « Pascal, éclaire moi, on dit un capuchon de stylo ou bouchon de stylo ? » (Véridique cette histoire, pourriez vous y répondre là tout de suite maintenant sans vous dire,Oh man, that’s right quelle est la différence ?)
 « Euh, ben, tu vois (cherchant une réponse qui me semblait la meilleure ou la moins loufoque) Le vrai terme c’est, euh,  capuchon car le bouchon c’est pour boucher les, euh, trucs comme les bouteilles, tu vois alors que le capuchon recouvre la pointe de l’objet, hein ? Les francais vont souvent la faute, et puis  c’est comme le :  j’ai été mangé chez Mireille Matthieu hier soir, on ne sait même plus que l’on fait une faute, hein ! » Dis-je cherchant à m’assurer par cette longue réponse que je connaissais toutes les subtilités de le français. Gulp ! J’avais avec cette longue réponse, un peu « rajouter-de-la-confiture-sur-la-tartine » certes, mais qui ne l’a jamais fait pour tenter de montrer que l’on est un expert, hein ? Ou que l'on est pas coupable !
Pendant plus de trois heures, j’eus droit à toutes les questions possibles et imaginable. Dingue! Je n’allais tout de même pas être en charge du bon fonctionnement d’un réacteur nucléaire ou bien contrôler le décollage d’une navette spatiale quand même ! Epuisé par tant de détermination, je fus content quand il m’annonça que j’étais embauché.
Ouf, je pus me relâcher un peu :
« Prout ! »
Avant de me laisser partir, il me proposa d’aller faire un petit match de tennis, histoire de voir si je pouvais taper la balle jaune comme je lui avais raconté.
Le tennis est un sport très divertissant si vous jouez avec quelqu’un du même niveau que le votre. Sinon, vous ne faites que de ramassez les balles. Soit parce qu’il est trop fort, soit parce qu’il est trop nul. Dans le cas présent, je ramassai les balles ! Après deux échanges, ou il tenta de me foutre à 12 mètres par un coup droit digne d’un batteur de baseball, je me dis que cela allait être court. Il exigea un match, je me pliai. Inutile de dire que je pris un immense plaisir à le faire rentrer à la maison « à vélo » comme on dit dans le jargon.
Voilà, je commençais une nouvelle carrière dans une troisième famille, dans un quartier bien propre de Washington. Il fallait que je recommence mon entraînement avec le petit.
Et là, ce fut une autre histoire. A SUIVRE.

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Mardi 7 mars 2006

(…) et le téléphone sonna.

Gran’ma, paisiblement assise en train de lire le journal, me laissa répondre. Il y avait en bruit de fond sa radio, qui restait allumée toute la journée, crachotant des sermons de prêtres bien en verve .
 « Bonjour, puis-je parler à Pascal, s’il vous plait » Annonça la voix à l’autre bout du fil.
 « Désolé, il est mort ! (Rien de tel pour refroidir le plus chieurs des télémarketeurs. J’ai déjà essayé, et ça marche très bien) Non, je blague, c’est lui même, en chair et en os qui vous parle en direct  live. Si c’est pour me vendre une cuisine aménagée ou un crédit sur 30 ans, cela ne m’intéresse PLUS. »
 « Non, non. J’ai entendu dire par la copine de la voisine de l’ex-copain de la fille du patron du fils de mon frère, que vous cherchiez un job ? Me trompé-je ? »
 « Vous avez raison, mais je vous le dis tout de suite, je suis hum, hum…illégal, et mes honoraires sont élevés. »
 « Ah ? Ok, bien, ce n’est pas grave pour le « illégal », au contraire… Quand peut-on se rencontrer ? »
 « Maintenant ! » Sachant que je devais aller chercher mon billet retour, pour ceux qui suivent mal. Après un court moment d’hésitation, elle me répondit : « Ok, mais j’ai un rendez-vous à 14h cela sera donc court. »

En moins de temps qu’il vous en fallu pour lire ces mots, j’étais à la porte, habillé en « habits du dimanche », et peigné (oui, oui peigné à l’époque je pouvais encore le faire.) Il me fallu marcher, prendre le bus, prendre le métro, reprendre le bus, puis marcher encore pour arriver dans ce quartier résidentiel cossu du Nord-Ouest de Washington. La maison immense était décorée avec goût. Lors de cet entretien avec cette femme qui dura bien la vingtaine de minutes annoncées, elle m’informa qu’elle était spécialisée dans la vente d’art contemporain Russe et que son mari était un "consultant". Suite à cette rencontre, elle termina notre conversation par :
 « Well, si ça vous intéresse, je vous offre ce job MAIS il faut que vous rencontriez mon mari ce week-end. »
« Euh, ben, je pourrais vous rappeler plus tard ? »
 « Aïe ! Schnaïkize !  Fiouque ! » Ne pus-je m’empêcher de penser. Vous l’avez compris, je me trouvais face à un choix digne d’un épisode des « Gueux de l’Adour. »
Devais-je tenter le coup et rester encore un peu ? Ou prendre le prochain avion, laissant ma chance de tenter de « work out something » avec Yanna ?
Cette femme me déposa donc au métro. Il était l’heure pour moi d’aller chercher le billet d’avion.

Seul face à mon destin, je posai mes fesses dodues sur un petit mur de brique cherchant à trouver LE meilleur choix. Y avait-il un meilleur choix? Je sorti les petits osselets de ma salopette et les jetai sur le trottoir devant les yeux ébahis des badauds. Aucun d’eux ne pouvait imaginer une seconde ce qui se passait devant eux. Histoire d’un homme, histoire d’une vie comme il s'en joue chaque jour. On ne regarde pas, on ne regarde plus, c'est tout.
Un avenir, le mien, se jouait là maintenant, tout de suite, et je ne savais que faire. Cela dura un long moment durant lequel je ne pus faire aucun mouvement. Rester. Partir.
Je restais : « Tu pourras être avec Yanna et on verra si ça pourra marcher, n’a t-elle pas dit qu’elle avait besoin de temps… »
Je partais : « Baby-sitter à presque 30 ans…Non mais franchement ! Tout tes amis travaillent depuis presque 10 ans et se demande quand sont leurs prochaines vacances, et toi tu es baby-sitter. Ce n’est pas un job ça ! »
Je restais : « Que faire en France ? Il y a tant de choses à découvrir ici, et puis il y a Yanna…Oui, il y a Yanna. »
Je partais : « Un camembert ! Un bon chocolat ! Môman et celui-qui-partage-les-mêmes-parents-que-moi me manquent. »
Enfin, pendant ce qui sembla une éternité, je regardai les os de moutons chus sur le ciment du trottoir dans l’espoir d’un signe du destin.
Il ne vint pas. Il fallait que je prenne ma décision, tout seul comme un grand.
Je rangeai mes os, respirai un grand coup, et décidai de RESTER. Une fois la décision de prise, tout se déroula très vite. J’appelai d’une cabine l’agence de voyage et annulai la réservation. Je passai un coup de fil à Yanna et lui annonçai que j’avais un job. A l’autre bout du fil, je sentis un soulagement (ou bien était-ce autre chose ?) Je laissai un message chez ma future famille d’accueil pour lui dire que j’acceptai leur job et l’entretien du dimanche. Enfin, ma môman qui s’attendait à me voir pour le week-end reçu mon dernier appel de la journée. Je terminai cette journée riches en évènements par une discussion avec une Gran’ma fort enjouée à l’idée de partager encore du temps avec son « squatteur »
 A noter que Gran’ma s’est éteinte le 13 décembre 2001 à l’aube de ses 100 ou 101 ans. Comme elle le disait souvent : « Pendant 70 ans j’ai vécu, pendant 30 ans, j’ai attendu. Toi, tu es jeune alors vis ! » A SUIVRE.

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Lundi 6 mars 2006

Troisième épisode de la saga aujourd’hui. Si le week-end vous avez une vie de famille et que vous n’avez pas eu l’occasion de venir ici, il est possible que vous soyez intéressé par le I, et le II.

Les choses allaient changer…

En effet, je ne m’imaginais pas que le jour de mon retour, fraîchement moulu de l’avion et avec six heures de décalage dans les gencives de derrière, la mère m’annoncerai alors que je franchissais la porte blindée de son blockhaus :

« Aaaah, Pascal, on a de nouveaux plans pour cette année ! »
« Ah oui ? Vous allez enfin agrandir les meurtrières et ôter le barbelé ? »
 « Non, non ! On a loué ta chambre et on a plus besoin de toi. Merci. »
Premier uppercut !
 « Mais, euh, ben… ?Et mes posters de Michel Sardou ? Nilda Fernandez ? »
 « Tu peux déménager tes affaires, tu as deux jours. Bonne chance. »

Deuxième uppercut !
Pour de nouveaux plans, il s’agissait effectivement de nouveaux plans, le seul problème était que je ne faisais pas parti de ces nouveaux plans…bien au contraire !
Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, l’unique bouteille de vin que j’avais ramené de France pour sceller notre « amitié » s’était brisée dans ma malle Louis Vuitton (Je vous dit moi, Louis ne fait plus de bons bagages). Vous les dipsomanes, vous savez pertinemment que le vin ça tache ! Imaginez mes petits slips blancs, mes pulls, mes t-shirts, et autres fripes gorgés de vinasse. Super !

Coup de boule dans le nez !
Désespéré, je me réfugiai dans ma chambre de 4 mètres carrés, et j’appelai ma copine (ma future femme) pour lui narrer la terrible nouvelle. Celle-ci choisit ce moment là pour m’annoncer qu’elle avait « besoin d’espace » dans notre relation, qu’elle avait besoin de « réfléchir ».
Knock-out !
 « What the Fouque ! » Non ce n’était pas vrai. Je n’avais plus qu’à me jeter vivant dans une bassine de guano de mouton, et me faire manger par les vers.

Ce fut très difficile de se faire taper sur le crâne comme ça en descendant de l’avion, et pour cette raison je passai plusieurs heures à éplucher des mandarines (c’est ce que je fais quand je suis dépité)

Heureusement, ma copine, qui n’était pas sans cœur, me proposa, en attendant que je trouve autre chose à faire, de rester chez son arrière grand-mère : « Gran’ma »

Ainsi, pendant plusieurs semaines, afin de prolonger mon séjour « au cas où », je fis tous les métiers qui ne nécessitaient pas de diplômes (Non je ne vendis pas mon corps !) De ménages divers (oui, oui les chiottes aussi), de « lavement » de voiture, de « coupure » de bois, et j’en passe, je réussis à gagner ma vie petitement. Néanmoins, sans réelle volonté de finir comme femme homme de ménage à vie, je vins à penser qu’un retour en France était inévitable.
Pendant ce mois avec Gran’ma, j’eus le plaisir de découvrir la vie unique de cette femme de 96 ans - Elle était né en 1899 mais elle n’était plus trop sûr car apparemment ses documents d’état civil avaient brûlés dans un incendie. Nous passâmes de longues heures à discuter. Elle me racontai sa vie dans le Sud de les zeta zunis, son travail de bonne chez de riches blancs, l’esclavage de ses grands-parents, la ségrégation, le « Civil Rights Movement »,  la vie rurale du Sud, les automobiles, enfin toutes les découvertes du 20 ième siècle que nous estimons « normales ». Moi j’écoutai comme un petit garçon bien sage auquel on lit une histoire passionnante.
A la fin du mois de janvier, je me décidai enfin de rentrer en France définitivement (moins en moins de dollares, et impossibilité de faire un travail légalement). Je fis donc la réservation pour un retour simple pour la France. Il me fallait juste aller chercher le billet. Voilà, j’étais venu, j’avais vu, j’étais tombu amoureux, j’avais pleuru, mais il était temps de rentru car je n’avais plus beaucoup de brouzoufs.
Il faisait super beau ce jour là, je m’en souviens encore vraiment bien. J’étais allé faire courir mes jambes de derrière avant d’aller en ville chercher ce fameux billet d’avion. Suite au footing, tout en m’étirant, je discutai avec Gran’ma qui me regardait de ses yeux bleus gris, l’air triste. Elle était déçue que son arrière petite-fille me laisse partir.
Je pris ma douche, je m’habillai, et le téléphone sonna. A SUIVRE.
Yanna et Gran'ma en 1995.

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